vendredi 20 septembre 2013

JEUX DE GUERRE: Chapitre XXV: Rendez-vous

Ils arrivèrent à l’heure précise. Deux voitures de la police routière restèrent sur la route et trois autres, pleines d’agents de la sécurité, accompagnèrent la Rolls dans l’allée jusqu’à la maison des Ryan. Le chauffeur, qui faisait partie de la force de protection, s’arrêta juste devant la porte et sauta à terre pour ouvrir la portière arrière. Le prince descendit le premier puis il donna la main à sa femme pour l’aider. Le chef du contingent britannique s’entendit avec Avery et les hommes se déployèrent sur les positions prévues. Quand Jack descendit du perron pour accueillir ses invités, il eut l’impression que sa maison était victime d’une invasion armée.
— Je vous souhaite la bienvenue à Peregrine Cliff.
— Bonsoir, Jack, dit le prince en tendant la main. Vous avez une mine superbe.
— Vous aussi, Altesse, répondit Jack, et il se tourna vers la princesse qu’il n’avait jamais encore rencontrée. C’est un grand plaisir pour nous, Votre Altesse.
— Et pour nous, professeur Ryan.
Il les fit entrer dans la maison.
— Comment s’est passé votre voyage, jusqu’à présent ?
— Il fait horriblement chaud, répondit le prince. C’est toujours comme cela, en été ?
— Nous venons de passer deux mauvaises semaines, avoua Jack. (La température avait atteint les trente-cinq degrés à l’ombre dans l’après-midi.) Mais il paraît que ça va changer demain. Nous ne devrions guère dépasser les vingt-sept ou vingt-huit dans les prochains jours, assura-t-il ce qui ne provoqua pas de réaction enthousiaste.
Cathy attendait à l’intérieur avec Sally. La chaleur était particulièrement pénible pour elle, si près de son accouchement. Elle serra des mains, mais Sally se rappela la révérence apprise en Angleterre et en fit une superbe, accompagnée d’un petit rire.
— Vous n’allez pas trop mal ? demanda la princesse à Cathy.
— Non, à part la chaleur. Dieu soit loué pour la climatisation.
— Voulez-vous visiter ?
Jack précéda le groupe dans le living-room et le prince s’exclama :
— Quelle vue admirable !
— Oui. À part ça, un premier mot. Personne ne garde sa veste dans ma maison ! décréta Ryan.
— Excellente idée.
Jack lui prit sa veste et alla l’accrocher dans le placard de l’entrée à côté de son vieux parka des marines, puis il ôta la sienne. Cathy avait déjà fait asseoir tout le monde. Sally était perchée à côté de sa mère, les pieds loin du sol, et tirait sa jupe sur ses genoux. Cathy avait du mal à trouver une position confortable.
— Encore combien de temps ? demanda la princesse.
— Huit jours, mais naturellement, avec le numéro deux, on peut avoir des surprises.
— Je l’apprendrai par moi-même dans sept mois.
— Vraiment ? Toutes mes félicitations !
Les deux femmes se sourirent, radieuses.
Jack se leva en entendant arriver une voiture. Il ouvrit la porte et vit Robby et Sissy descendre de leur Corvette. L’agent du Secret Service manoeuvrait le camion des télécommunications pour bloquer l’allée derrière eux. Robby escalada les marches du perron.
— Qu’est-ce qui se passe ? Qui est ici ? Le président ?
Jack comprit que Cathy avait dû les avertir. Sissy avait une robe bleue, toute simple, mais très élégante et Robby avait mis une cravate. Il fut déçu.
— Entrez faire connaissance avec la compagnie, dit-il avec un méchant sourire.
Robby tourna la tête vers les deux hommes près de la piscine, à la veste déboutonnée, puis il regarda Jack d’un air perplexe, mais le suivit. Quand ils eurent contourné la cheminée de briques, le pilote ouvrit de grands yeux.
— Commandant Jackson, je présume ? dit le prince en se levant.
— Je te tuerai, Jack, chuchota Robby entre ses dents puis il éleva la voix. Je suis très honoré... euh... Altesse. Permettez-moi de vous présenter ma femme, Cecilia.
Comme cela arrive presque toujours dans ce genre de réunion, on se sépara immédiatement en deux groupes, féminin et masculin.
— Il paraît que vous êtes pilote de l’aéronavale ?
— Oui, et je vais rejoindre la flotte. Je pilote le F-14.
— Ah oui, le Tomcat. J’ai piloté le Phantom. Et vous ?
— J’ai cent vingt heures de vol avec ceux-là. Mon escadrille est passée aux 14 quelques mois après mon arrivée. Je commençais tout juste à comprendre le Phantom quand on nous l’a enlevé. Je... euh... prince... Altesse... Est-ce que vous n’êtes pas officier de marine, aussi ?
— En effet, commandant. Je suis capitaine de vaisseau.
— Ah ! Au moins, maintenant, je sais comment vous appeler, commandant, dit Robby avec un soulagement évident. Je peux ?
— Bien sûr. Vous savez, c’est un peu lassant quand les gens se conduisent d’une façon embarrassée avec vous. Votre ami, là, m’a bien remis à ma place, il y a quelques mois.
Robby finit enfin par sourire.
— Vous connaissez les marines, commandant. Grande gueule et petit cerveau.
Jack comprit que cela promettait d’être une de ces soirées... Il demanda à ses invités ce qu’ils voulaient boire.
— Faut que je vole demain, Jack, répondit Robby, en regardant sa montre. Je suis tenu par la règle des douze heures.
— Vous prenez cela tellement au sérieux ? demanda le prince.
— Je vous jure qu’il vaut mieux, commandant, quand l’oiseau coûte de trente à quarante millions. Si jamais on en casse un, faudrait pas que l’alcool soit responsable. Je suis déjà passé par là.
— Ah ? Que vous est-il arrivé ?
— Un moteur a explosé en vol. J’ai essayé de regagner le pont, mais j’ai perdu la pression hydraulique à cinq milles du bateau et j’ai dû m’éjecter. Deux fois, j’ai été éjecté et ça fait deux fois de trop !
— Ah ?
Cette question lança Robby sur la fin de son temps de pilote d’essai à Pax River. Alors j’étais là à dix mille... Jack alla à la cuisine pour rapporter du thé glacé à tout le monde. Il y trouva deux hommes de la sécurité, un Américain et un Britannique.
— Tout va bien ? demanda-t-il.
— Oui. Il paraît que nos amis ont été repérés près de Hagerstown. Ils ont mitraillé une voiture de la police routière et ils se sont tirés. L’agent n’a rien, ils l’ont raté. Aux dernières nouvelles, ils roulaient vers l’ouest.
L’agent du Secret Service paraissait très satisfait. Jack regarda par la fenêtre et en vit un autre sur la terrasse.
— Vous êtes sûrs que c’était eux ?
— C’était une camionnette avec des plaques de handicapé. En général, quand ils ont un mode d’opération, ils n’en changent pas trop. Tôt ou tard, ça leur joue un mauvais tour. Tout le secteur est bouclé. Nous les aurons.
— Bravo.
Jack prit son plateau de verres. Quand il revint dans le living-room, Robby expliquait certains aspects du pilotage au prince. C’était visible aux mouvements de ses mains.
— Alors si vous tirez avec le Phoenix à l’intérieur du rayon, il ne peut pas y échapper. Le missile a plus de force G que n’importe quel pilote, conclut Jackson.
— Ah oui ! C’est comme avec le Sparrow, alors ?
— C’est ça, commandant, mais le rayon est plus court, expliqua Robby, les yeux illuminés. Est-ce que vous êtes déjà monté dans un Tomcat ?
— Hélas non, et j’aimerais beaucoup.
— Allez ah, c’est pas compliqué ! Nous emmenons des civils, tout le temps ! Bien sûr, faut que ce soit autorisé, mais nous avons même emmené là-haut des acteurs de Hollywood. Ce serait simple comme bonjour de vous faire faire un petit tour.
Robby rit en prenant un verre de thé.
— Merci, Jack. Commandant, si vous avez le temps, j’ai l’oiseau !
— Cela me ferait le plus grand plaisir. Nous avons un peu de temps libre...
— Alors on va le faire !
— Je vois que vous vous entendez bien, tous les deux, intervint Jack.
— Très bien, affirma le prince. Il y a des années que je veux faire la connaissance d’un pilote de F-14. Alors, vous dites que ce dispositif de caméra télescopique est réellement efficace ?
— Je vous crois ! Ce n’est pas tellement compliqué. C’est un objectif de puissance dix sur une petite caméra de télé de rien du tout. Vous pouvez identifier votre objectif à quatre-vingts kilomètres. Si vous vous y prenez bien, vous pouvez écrabouiller votre type avant qu’il se rende compte que vous êtes dans le même canton.
— Ainsi, vous cherchez à éviter le duel aérien ?
— L’IMCA, vous voulez dire... Manoeuvre de combat aérien, Jack, expliqua Robby au badaud ignorant. Ça changera quand nous aurons les nouveaux moteurs, commandant, mais ouais, plus on peut l’avoir loin, mieux ça vaut. Des fois, on est obligé d’y aller, mais alors on perd son plus gros avantage. Notre mission est d’engager l’autre type aussi loin que possible du bateau. C’est pour ça qu’on appelle ça la bataille aérienne extérieure.
— Cela nous aurait été plutôt utile aux Malouines, observa le prince.
— Bien sûr. Si vous engagez l’ennemi au-dessus de votre propre pont, il a déjà gagné le plus gros de la bataille. Nous voulons commencer à marquer des coups à trois cents milles. Si votre Royal Navy avait un porte-avions de bonne taille, cette petite guerre inutile ne serait jamais arrivée.
— Voulez-vous que je vous fasse visiter le reste de la maison ? demanda Jack.
Cela se passait toujours ainsi. On s’arrangeait pour faire faire connaissance à des amis et tout à coup on était complètement à l’écart de la conversation.
— De quand date-t-elle, Jack ?
— Nous nous y sommes installés quelques mois avant la naissance de Sally.
— La boiserie est magnifique. C’est la bibliothèque, là en bas ?
— Oui, Altesse.
La maison était disposée de telle façon que l’on avait une vue plongeante du living-room dans la bibliothèque. La chambre de maître était perchée au-dessus. Une ouverture rectangulaire dans le mur permettait de voir dans le living-room, mais Ryan y avait accroché une gravure, qui coulissait sur un rail, dans un but évident. Jack les fit ensuite descendre dans la bibliothèque et tout le monde apprécia que l’unique fenêtre soit au-dessus du bureau et donne sur la baie.
— Pas de domestiques, Jack ?
— Non, Altesse. Cathy parle d’engager une nurse, mais elle ne m’en a pas encore persuadé. Est-ce que tout le monde est prêt pour le dîner ?
La réponse fut enthousiaste. Les pommes de terre étaient déjà dans le four et Cathy alla s’occuper du maïs. Jack prit les steaks dans le réfrigérateur et emmena les hommes dehors.
— Vous allez aimer ça, commandant. Jack est un champion du steak.
— Le secret, c’est le charbon de bois, expliqua-t-il. Et bien sûr, d’avoir de la belle viande.
Il avait six superbes tranches de faux-filet et un hamburger pour Sally.
— Où trouves-tu ça, Jack ?
— Un de mes anciens clients de Wall Street a une affaire d’approvisionnement de restaurants. Ceux-ci viennent du Kansas,
Jack déposa les tranches sur le gril, avec une fourchette à long manche, et aussitôt elles se mirent à grésiller agréablement. Il passa au pinceau une sauce barbecue sur la viande.
— La vue est spectaculaire, observa Son Altesse.
— C’est plaisant de voir passer les bateaux, reconnut Jack. Mais ils se font rares, aujourd’hui.
— Ils ont dû écouter la radio, répondit Robby. On a prévu un orage et des vents en tempête pour cette nuit.
— Je n’ai rien entendu.
— C’est le bord d’attaque de ce front froid. Ça se développe assez vite au-dessus de Pittsburgh. Je vole demain, comme je disais, et j’ai téléphoné à la météo de Pax juste avant de venir. Ils m’ont dit que l’orage a l’air assez féroce au radar. Lourde pluie et rafales de vent. Ça devrait nous tomber dessus vers 22 heures.
— Avez-vous beaucoup de ces tempêtes, par ici ? demanda Son Altesse.
— Je vous crois ! Nous n’avons pas des tornades comme dans le Midwest, mais les orages d’ici ont de quoi vous dresser les cheveux sur la tête. Je ramenais un oiseau de Memphis l’année... Non, y a deux ans, et j’avais l’impression d’être sur un trampoline. Impossible de contrôler l’appareil. Je vous jure que ça fait peur. A Pax, ils sont en train de ranger tous les oiseaux dans les hangars et ils y mettront les autres dès qu’ils rentreront, bien à l’abri.
— Ce sera au moins utile pour faire un peu baisser la température, dit Jack tout en retournant les steaks.
— Un peu de fraîcheur ne fera pas de mal. Ça, ce n’est que l’orage courant, commandant. Nous en avons de gros trois ou quatre fois par an. Ils déracinent quelques arbres, mais tant qu’on n’est pas en l’air ou dans un petit bateau, ça n’a rien de bien grave. En bas dans l’Alabama, on serait bon pour la tornade.
— Vous en avez déjà vu ?
— Plus d’une commandant. Le plus souvent, par chez nous, c’est au printemps. Quand j’avais dix ans, j’en ai vu une arriver de l’autre côté de la route, soulever une maison et aller la déposer à huit cents mètres.
Et elles sont bizarres, vous savez. Celle-là n’a même pas fait tomber la girouette de l’église. Elles sont comme ça. Ça vaut le spectacle, c’est sûr, mais mieux vaut voir ça de loin.
— La turbulence est donc le principal danger en vol ?
— C’est ça. Mais il y a l’eau, aussi. J’ai connu des cas où des réacteurs ont aspiré assez d’eau pour arrêter complètement les moteurs, dit Robby. Tout à coup, on se trouve dans un planeur. Pas drôle. Il vaut mieux éviter ça.
— Et quand on ne peut pas ?
— Une fois, commandant, j’ai dû atterrir sur un porte-avions en plein orage... de nuit. J’ai été bien près de mouiller mon froc !
— Je dois remercier Votre Altesse de faire avouer tout ça à Robby. Je le connais depuis plus d’un an et jamais il n’a reconnu qu’il avait eu le moindre frémissement, là-haut.
— Je ne voulais pas gâcher mon image, expliqua Jackson. On doit coller un pistolet sur la tempe de Jack pour le faire monter dans un avion et je ne voulais pas lui faire encore plus peur.
Vlan ! Robby marquait un point.
La terrasse était maintenant dans l’ombre et une légère brise soufflait du nord. Jack surveillait attentivement ses steaks. Il y avait quelques bateaux dans la baie qui, tous, regagnaient le port. Jack sursauta violemment quand un chasseur à réaction passa en hurlant devant la falaise. Il se retourna et eut tout juste le temps de voir l’appareil au fuselage blanc disparaître vers le sud.
— Qu’est-ce que ça veut dire, Robby ? Ils font ça depuis quinze jours !
Jackson regarda la double queue de l’avion se fondre dans la brume.
— Ils essaient du nouveau matériel sur le F-18. Qu’est-ce qui te gêne ?
— Le bruit !
Robby s’esclaffa.
— Allez, Jack ! C’est pas du bruit, ça, c’est le chant de la liberté !
— Pas mal, commandant, jugea Son Altesse.
— Que diriez-vous maintenant du chant du dîner ?
Robby s’empara du plat et Jack y disposa la viande. Les salades étaient déjà sur la table. Sissy apportait les pommes de terre et le maïs, un tablier protégeant sa jolie robe. Jack servit les steaks et posa le hamburger de Sally sur un petit pain rond. Il assit sa fille sur un gros coussin. Le seul ennui, c’était que personne ne buvait. Il avait acheté quatre bouteilles d’un excellent cru de Californie, pour aller avec la viande, mais tout le monde s’était mis au régime sec.
Planté au milieu de la route, un agent du Secret Service fit signe à la camionnette de s’arrêter.
— Oui, monsieur ? demanda le conducteur.
— Qu’est-ce que vous faites ici ?
La veste de l’agent était déboutonnée. Il n’y avait pas d’arme visible, mais le conducteur savait qu’il devait en avoir une. Il compta six hommes dans un rayon de dix mètres autour de lui et quatre autres un peu plus loin.
— Ben quoi, je viens de le dire au flic, là-bas ! répliqua-t-il en faisant un geste.
Les deux voitures de la police routière n’étaient qu’à deux cents mètres derrière lui.
— Pourriez-vous me le répéter, s’il vous plaît ?
— Y a un problème avec le transformateur, au bout de cette route. Et vous voyez bien que c’est une camionnette de la BG & E, non ?
— Attendez ici, s’il vous plaît.
— Tant que vous voudrez.
Le conducteur échangea un coup d’oeil avec l’homme assis à côté de lui. L’agent revint avec un collègue, qui avait une radio.
— Où est le problème ?
Le conducteur soupira.
— Et de trois ! Le problème, c’est avec le transformateur électrique au bout de la route, là. Les gens de par ici ne se sont pas plaints de l’électricité ?
— En effet, dit le second agent, Avery. Et nous l’avons remarqué aussi. Qu’est-ce qui se passe ?
L’homme assis à la droite du conducteur répondit :
— Je suis Alex Dobbens, ingénieur électricien. Nous avons installé un nouveau modèle de transformateur, expérimental, sur cette ligne. Il y a un appareil de mesure dans la boîte et il transmet des signaux bizarres, comme si le transfo allait tomber en panne. Nous sommes là pour le vérifier.
— Vous avez des papiers ?
— Bien sûr.
Alex sauta du véhicule et le contourna. Il présenta sa carte d’identité de la BG & E en demandant :
— Qu’est-ce qui se passe, par ici ?
— Pouvons pas le dire, grommela Avery. Vous avez un ordre de travaux ?
Dobbens lui donna son bloc-notes.
— Si vous voulez vérifier, vous n’avez qu’à téléphoner à ce numéro, là en haut de la feuille. C’est le siège de la compagnie à Baltimore. Vous demandez M. Griffin.
Avery parla à sa radio pour donner l’ordre à ses hommes de le faire.
— Vous permettez que nous regardions à l’intérieur de votre camion ?
— Faites comme chez vous, répliqua Dobbens.
Il précéda les deux agents et remarqua que quatre hommes dans les parages surveillaient tout avec vigilance, qu’ils étaient largement déployés et avaient les mains libres. D’autres étaient dispersés dans le jardin. Il tira sur la porte coulissante et fit signe aux deux agents de monter.
Ils virent une masse d’outils, de câbles, de matériel. Avery laissa perquisitionner son subordonné.
— Vous êtes obligé d’y aller maintenant ?
— Le transfo risque de péter. Je pourrais laisser faire, mais les gens du quartier risquent de se fâcher si leurs lumières s’éteignent. Les gens sont comme ça, vous savez ? Ça vous dérange que je vous demande qui vous êtes ?
— Secret Service.
Avery montra sa carte. Dobbens resta bouche bée.
— Ah mince ! Vous voulez dire que le président est là ?
— Je ne peux rien dire. Quel est le problème, avec ce transformateur ? Vous dites qu’il est neuf ?
— Ouais, c’est un modèle expérimental. Il utilise un agent réfrigérant inerte au lieu du BPB et il a un conjoncteur-disjoncteur incorporé. C’est là que doit se situer le problème. On dirait que ce transfo est sensible à la température. Nous l’avons réglé plusieurs fois, mais nous n’arrivons pas à bien le stabiliser. Ça fait deux mois que je suis sur ce projet. En général je laisse mes ouvriers s’en occuper, mais ce coup-ci le patron a voulu que je surveille ça moi-même... C’est mon projet, après tout.
L’autre agent sauta de la camionnette et secoua la tête. Avery acquiesça. Il appela ensuite le camion de télécommunication dont les occupants avaient téléphoné à la Baltimore Gaz et Électricité qui leur avait confirmé ce que disait Alex.
— Vous voulez qu’un type nous accompagne pour nous surveiller ? demanda Dobbens.
— Non, pas la peine. Vous en avez pour combien de temps ?
— Allez savoir ! C’est probablement quelque chose de tout bête, mais nous n’avons pas encore mis le doigt dessus. C’est toujours comme ça, les trucs les plus simples sont les plus emmerdants.
— Un orage est annoncé, dit Avery. Je ne voudrais pas être en haut d’un de ces pylônes pendant ces tempêtes-là.
— Ouais, enfin, pendant que nous sommes là à discuter, le travail ne se fait pas. Tout va bien pour vous autres ?
— Oui, oui, allez.
— Vous ne pouvez vraiment pas me dire qui est dans le quartier ?
Avery sourit.
— Désolé.
— Bof, j’ai pas voté pour lui, d’abord, répliqua Dobbens en riant.
— Un instant ! cria le second agent.
— Qu’est-ce qu’il y a encore ?
— Votre pneu avant gauche.
L’homme montra du doigt. Dobbens s’en prit à son conducteur, en voyant une partie de la jante le long du pneu.
— Enfin, nom de Dieu, Louis !
— C’est pas de ma faute, chef ! Ils devaient me changer ça ce matin. Je l’ai noté mercredi. Même que j’ai le double de l’ordre, là !
— Ça va, ça va, ne t’énerve pas, grogna Dobbens et il se tourna vers l’agent. Merci, mon vieux.
— Vous ne pouvez pas changer la roue ?
— Pas de cric. On nous l’a volé. C’est toujours l’ennui avec les camions de la compagnie. Il manque toujours quelque chose. Mais ça va aller, ne vous en faites pas. Bon, eh bien nous avons un transfo à arranger. Salut.
Alex remonta à l’avant et agita la main par la portière quand ils démarrèrent.
— Bien joué, Louis.
— Ouais, répondit le conducteur avec un sourire. J’ai pensé que ça ferait bien. J’en ai compté quatorze.
— C’est ça. Trois sous les arbres, doit y en avoir quatre dans la maison. C’est pas eux notre problème... J’espère qu’Ed et Willy n’ont pas eu de pépins.
Dobbens contempla les nuages qui s’amoncelaient à l’horizon.
— Non, non, pas du tout. Tout ce qu’ils avaient à faire, c’était arroser une bagnole à flics et changer de voiture. Les flics étaient plus détendus que j’aurais cru, observa Louis.
— Pourquoi pas ? Ils nous croient ailleurs.
Alex ouvrit une caisse à outils et y prit un émetteur. L’agent l’avait vu, mais n’avait fait aucune réflexion. Il ne pouvait pas savoir qu’il était à longue portée. Il n’y avait pas d’armes, dans le véhicule, naturellement, mais les radios étaient encore plus redoutables. Il répéta à la radio ce qu’il avait appris et reçut une réponse. Puis il sourit. Les agents ne s’étaient même pas étonnés de la présence des deux échelles à extension, sur le toit. Il consulta sa montre. Rendez-vous dans quatre-vingt-dix minutes...
— Le drame, c’est qu’il n’existe vraiment aucune manière civilisée de manger le maïs en épi, dit Cathy. Et ne parlons pas de le beurrer !
— C’était quand même excellent, dit le prince. D’une ferme locale, Jack ?
— Cueilli cet après-midi même, confirma Ryan. C’est comme ça que c’est bon.
Depuis quelque temps, Sally mangeait très lentement. Elle se débattait encore avec son hamburger, mais personne n’avait envie de quitter la table.
— Jack, Cathy, c’était un dîner délicieux, déclara Son Altesse.
— Et sans discours ! renchérit sa femme.
— Je suppose que toutes ces réceptions officielles doivent finir par être lassantes, dit Robby en se posant une question qu’il ne pouvait formuler : Quel effet cela fait-il d’être prince ?
— Ce ne serait pas trop embêtant si les discours étaient originaux, mais j’ai l’impression d’entendre toujours le même ! Excusez-moi, je ne devrais pas dire cela, même entre amis.
— Vous savez, ce n’est pas très différent dans les réunions du département d’histoire, avoua Jack.
À Quantico, en Virginie, le téléphone sonna. La Brigade de sauvetage des otages du FBI avait son propre bâtiment, situé à l’extrémité de la longue rangée de polygones de tir qui lui servait de centre d’entraînement. Un DC 4 sans moteur se trouvait à côté, utilisé pour s’entraîner aux techniques d’assaut sur un avion détourné. Au pied de la colline, il y avait la « maison des otages » et d’autres constructions servant chaque jour à la brigade pour parfaire ses talents. L’agent spécial Gus Werner décrocha le téléphone.
— Salut, Gus, dit Bill Shaw.
— On les a retrouvés ? demanda Werner Il avait trente-cinq ans, des cheveux roux et une grosse moustache qu’on ne lui aurait jamais autorisée au temps de Hoover,
— Non, mais je veux que vous réunissiez une équipe d’avant-garde et que vous lui fassiez prendre l’air. Si quelque chose se passe, nous devrons agir vite.
— Normal. Où allons-nous, au juste ?
— A Hagerstown, la caserne de la police routière. On vous y attendra.
— D’accord. J’emmènerai six hommes. Nous pourrons probablement démarrer dans trente à quarante minutes, dès que l’hélico arrivera. Appelez-moi s’il y a du nouveau.
— Entendu. À tout à l’heure.
Shaw raccrocha. Werner alerta l’équipage de l’hélicoptère. Puis il traversa l’immeuble pour se rendre dans la salle de classe, dans le fond. Les cinq hommes de son groupe d’alerte d’urgence s’y trouvaient ; la plupart lisaient. Ils étaient maintenus en état d’alerte depuis plusieurs jours. Cela rendait l’entraînement de routine plus pénible, mais c’était surtout pour se défendre contre l’ennui d’attendre un événement qui ne se produirait probablement pas. Les soirées étaient consacrées à la lecture et à la télévision. Ces hommes-là n’étaient pas des agents du FBI en col blanc. Ils portaient une combinaison aux innombrables poches. Non seulement ils avaient tous l’expérience du travail sur le terrain, mais ils étaient presque tous des anciens combattants ou des tireurs d’élite qui épuisaient plusieurs boîtes de munitions par semaine.
— Réveillez-vous, les gars, écoutez un peu, dit Werner. On veut une équipe avancée à Hagerstown. L’hélico sera là dans une demi-heure.
— On annonce un gros orage, objecta un des hommes.
— Emportez vos pilules contre le mal de l’air, répliqua Werner.
— On les a retrouvés ? demanda un autre.
— Non, mais il y a des gens qui s’énervent.
— D’accord.
Cet homme-là était champion de tir, avec un fusil spécial à long canon, déjà prêt dans un étui doublé de caoutchouc mousse. Le matériel de l’équipe tenait dans une douzaine de sacs de marin. Les hommes boutonnèrent leur chemise. Quelques-uns allèrent aux toilettes prendre leurs précautions. Aucun n’était particulièrement surexcité. Dans leur travail, ils attendaient beaucoup plus qu’ils n’agissaient. La Brigade de sauvetage des otages existait depuis plusieurs années, mais n’avait encore sauvé personne. Ses membres étaient plutôt utilisés comme brigade d’intervention spéciale et s’étaient taillé une réputation aussi redoutable qu’ils étaient inconnus, sauf dans les milieux du maintien de l’ordre.
— Ouah ! Le voilà qui arrive ! s’écria Robby. Et ça va être une beauté !
En moins de dix minutes, le vent avait changé, passant de la brise légère à des rafales violentes qui faisaient résonner la maison aux hauts plafonds.
— C’était par une nuit noire et orageuse, plaisanta Jack.
Il alla à la cuisine, où trois hommes préparaient des sandwiches pour leurs camarades.
— J’espère que vous avez des imperméables, leur dit-il.
— Nous sommes habitués.
— Ce sera au moins une pluie chaude, dit un des Britanniques. Merci infiniment pour les en-cas et le café.
Les premiers grondements de tonnerre se firent entendre au loin. Jack conseilla :
— Ne restez pas sous les arbres. La foudre gâcherait votre journée.
Il retourna dans la salle à manger, où Robby continuait de parler de ses avions. Le sujet actuel était les catapultes.
— On ne s’y habitue jamais tout à fait, disait-il. En deux secondes, on passe de l’arrêt complet à cent cinquante noeuds.
— Et si quelque chose tourne mal ? demanda le prince.
— On nage, répliqua Robby.
— Monsieur Avery, caqueta la radio.
— Oui ?
— Vous avez Washington en ligne.
— D’accord, je serai là dans une minute.
Avery descendit l’allée vers le camion des télécommunications. Le chef du contingent britannique, Longley, le suivit. Tous deux y avaient d’ailleurs laissé leurs imperméables et ils n’allaient pas tarder à en avoir besoin. Ils voyaient des éclairs, à quelques kilomètres, qui se rapprochaient rapidement.
— Et voilà pour la météo, maugréa Longley.
— J’espérais qu’il passerait à côté.
Le vent les gifla de nouveau, en soulevant de la poussière du champ labouré, de l’autre côté de la route. Ils dépassèrent les deux hommes portant un plateau de sandwiches recouvert d’un torchon. Un jeune chien noir trottinait derrière eux, dans l’espoir qu’ils en laisseraient tomber un.
— Ce Ryan est un type épatant, n’est-ce pas ?
— Il a une adorable petite fille. On peut toujours juger un homme d’après ses gosses, dit Avery.
Ils arrivèrent au camion au moment où tombaient les premières gouttes de pluie. L’agent du Secret Service prit le radiotéléphone.
— Ici Avery.
— Chuck, c’est Bill Shaw, du Bureau. Je viens de recevoir un appel des techniciens, à cette maison du canton de Howard.
— Et alors ?
À l’autre bout de la liaison, Shaw regardait un plan en fronçant les sourcils.
— Ils ne trouvent aucune empreinte, Chuck. Ils ont des armes, des munitions, certaines étaient en cours de nettoyage, mais pas d’empreintes. Pas même sur les papiers des hamburgers. Ça sent mauvais, tout ça.
— Et la voiture qui a été mitraillée dans l’ouest du Maryland ?
— Rien du tout, peau de balle. Comme si les mécréants avaient sauté dans un trou et refermé le couvercle sur eux.
C’était tout ce que Shaw avait à dire. Chuck Avery faisait partie du Secret Service depuis le début de sa vie d’adulte ; il était normalement affecté à la protection du président. Cela lui avait donné un point de vue limité et quelque peu paranoïaque de la vie. Pensant à son entraînement, il se dit que cet ennemi-là devait être extrêmement habile...
— Merci pour le tuyau, Bill. Nous garderons les yeux ouverts.
Il enfila son imperméable et reprit sa radio.
— Équipe Un, ici Avery. Rassemblement à l’entrée. Nous avons peut-être une nouvelle menace possible.
Les explications pouvaient attendre.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Longley.
— Il n’y a pas d’indices concrets dans la maison, les techniciens n’ont pas trouvé d’empreintes, du tout.
Longley comprenait vite, lui aussi.
— Ils n’ont pas pu avoir le temps de tout essuyer. Donc, tout était prévu pour...
— Précisément. Pour commencer, je vais faire élargir le périmètre. Ensuite, nous demanderons des renforts de police. Et nous allons tous nous faire tremper, ajouta Avery alors que la pluie crépitait bruyamment sur la carrosserie.
— Je veux deux hommes de plus dans la maison.
— D’accord. Mais commençons par les mettre tous au courant.
Avery ouvrit la porte et les deux hommes remontèrent par l’allée.
Les agents en faction le long de la route se rassemblèrent à l’entrée de la propriété. Ils étaient sur le qui-vive, mais y voyaient mal, avec le vent qui leur chassait la pluie dans la figure et les nuages de poussière venant du champ de l’autre côté. Un agent fit le compte et trouva qu’il en manquait un. Il envoya un de ses camarades chercher l’homme dont la radio ne devait pas marcher. Ernie partit avec lui, car l’agent lui avait donné la moitié d’un sandwich.
— Voulez-vous passer dans le living-room, dit Cathy en indiquant les fauteuils, à quelques mètres. Je voudrais desservir.
— Je vais le faire, Cath, proposa Sissy Jackson. Va te reposer.
Elle alla à la cuisine mettre le tablier. Ryan fut certain que sa femme avait averti les Jackson, tout au moins Sissy qui s’était manifestement habillée pour une grande occasion. Tout le monde se leva et Robby alla aux toilettes.
Alex était maintenant au volant.
— On y va, maintenant ! Tout le monde est prêt ?
— En route ! répliqua O’Donnell qui, comme Alex, voulait être en première ligne. Nous avons la météo pour nous.
— C’est bien vrai, reconnut Alex.
Il alluma les phares et vit deux groupes d’agents, écartés de quelques mètres.
La force de sécurité vit approcher les phares. Les hommes gardèrent un oeil vigilant sur le véhicule, bien qu’ils sachent ce que c’était et ce que faisaient ces ouvriers. À trente mètres devant eux, il y eut un éclair et une détonation. Certains portèrent instinctivement la main à leur arme, mais s’immobilisèrent en voyant que le pneu avant droit du camion avait éclaté et claquait sur la chaussée tandis que le conducteur se débattait pour garder le contrôle. Le véhicule s’arrêta juste à l’entrée de l’allée. Personne n’avait fait de réflexion sur les échelles. Personne ne remarqua leur disparition. Le conducteur sauta à terre et regarda sa roue.
— Ah merde !
À deux cents mètres de là, Avery vit la camionnette arrêtée et son instinct déclencha un signal d’alarme. Il se mit à courir.
La porte de la fourgonnette coulissa, révélant quatre hommes avec des armes automatiques.
Les agents qui se trouvaient tout près réagirent, mais trop tard. À peine la porte s’était-elle ouverte que des coups de feu claquèrent, tirés par la première arme. Elle était équipée d’un silencieux cylindrique qui étouffa le bruit, mais pas la langue de feu qui troua la pénombre et dès la première seconde cinq hommes s’écroulèrent. Les autres assaillants tiraient déjà et le premier groupe d’agents fut éliminé sans qu’ils aient riposté. Les terroristes sautèrent à terre et s’attaquèrent au second groupe. Un agent du Secret Service leva son Uzi et tira une courte salve qui tua le premier homme sautant de l’arrière de la camionnette, mais le camarade qui le suivait abattit l’agent. Deux autres gardes étaient morts, à présent, et les quatre derniers du groupe se jetèrent à plat ventre et tentèrent de retourner le tir.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria Ryan.
Le bruit était difficile à distinguer, dans le vacarme de la pluie et du tonnerre. Toutes les têtes se tournèrent, dans la pièce. Il y avait un agent britannique dans la cuisine et deux hommes du Secret Service sur la terrasse. L’un d’eux prenait sa radio.
Le revolver d’ordonnance d’Avery était enrayé. Comme chef de l’équipe, il ne s’était pas armé d’autre chose que de son Magnum 357 Smith et Wesson. Son autre main était déjà occupée par sa radio.
— Appelez Washington, nous sommes attaqués ! Nous avons besoin de renforts, immédiatement ! Tireurs inconnus sur le périmètre ouest. Nous avons des morts, nous avons besoin de secours !
Alex plongea dans la camionnette et en retira un lance-roquettes RPG-7. Il distinguait à peine les deux voitures de la police routière, à deux cents mètres. Il ne voyait pas les agents, mais ils devaient être là. Il haussa son arme à la hauteur voulue et pressa la détente, ajoutant un nouveau coup de tonnerre à ceux du ciel. Le projectile tomba un peu à court de l’objectif, mais son explosion fit pleuvoir des éclats brûlants qui traversèrent un réservoir. Il explosa et les deux véhicules ne furent plus qu’un brasier.
Derrière lui, les tueurs s’étaient déployés. Un seul agent du Secret Service ripostait encore. Alex vit que deux hommes de l’ULA étaient à terre, mais les autres prirent l’agent à revers et l’achevèrent.
— Mon Dieu !
Avery avait tout vu, lui aussi. Longley et lui se regardèrent, sachant ce que chacun pensait. Ils ne nous auront pas, tant que je resterai en vie.
— Shaw !
Le radio-téléphone crépitait de parasites.
— Nous sommes attaqués. Nous avons des agents à terre, annonça le haut-parleur mural. Un nombre inconnu de... on dirait une foutue guerre, par ici ! Nous avons besoin de secours, tout de suite !
— D’accord, nous y travaillons.
Shaw donna rapidement des ordres et le standard téléphonique s’illumina. Les premiers appels partirent vers les postes de police routière et cantonale les plus rapprochés. Ensuite, la Brigade de sauvetage des otages fut alertée, à Washington. Sa Chevrolet Suburban était prête dans le garage. Shaw regarda l’heure et appela Quantico sur la ligne directe.
— L’hélico se pose en ce moment, répondit Gus Werner.
— Savez-vous où est la maison de Ryan ? demanda Shaw.
— Oui, c’est sur la carte. C’est là que sont les visiteurs en ce moment, n’est-ce pas ?
— Ils sont attaqués. En combien de temps pouvez-vous y être ?
— Quelle est la situation ?
Werner regardait par la fenêtre ses hommes qui chargeaient leur équipement dans l’hélicoptère.
— Inconnue. Nous venons de faire partir l’équipe, mais vous arriverez peut-être les premiers. L’homme des communications vient juste d’appeler, il dit qu’ils sont attaqués, que des agents ont été tués.
— Si vous avez du nouveau, prévenez-nous. Nous serons en l’air dans deux minutes.
Werner courut dehors rejoindre ses hommes. Il dut hurler pour être entendu dans le bruit du rotor, puis il rentra précipitamment dans le bâtiment où les agents de surveillance reçurent l’ordre de faire venir le reste de la brigade. Quand il retourna à l’hélicoptère, ses hommes avaient sorti leurs armes des sacs. L’appareil décolla dans la tempête menaçante.
Ryan remarqua l’activité fébrile au-dehors alors qu’un agent britannique sortait de la cuisine et se précipitait à l’extérieur pour s’entretenir brièvement avec ceux du Secret Service. Il rentrait quand des éclairs illuminèrent la terrasse. Un des agents se retourna, leva son arme et tomba à la renverse. La vitre se brisa derrière lui. Les deux autres s’étaient jetés à plat ventre. L’un d’eux se redressa pour tirer et retomba à côté de son camarade. Le dernier entra et cria à tout le monde de se coucher. Jack eut à peine le temps de réagir avant qu’une autre vitre vole en éclats et que le dernier agent de la sécurité s’écroule. Quatre hommes armés surgirent dans les débris de verre. Ils étaient tout en noir, à part la boue sur leurs bottes et leur torse. L’un d’eux arracha son masque. C’était Sean Miller.
Avery et Longley étaient seuls, couchés au milieu du jardin. Le Britannique regarda des hommes armés se pencher sur les cadavres des agents, puis se former en deux groupes et marcher vers la maison.
— Nous sommes trop exposés, ici, grommela-t-il. Si nous voulons servir à quelque chose, nous devons reculer sous les arbres.
— Allez devant.
Avery tint son revolver à deux mains et visa une des silhouettes en noir, qui n’était visible que lorsqu’un éclair fulgurait. Elles étaient encore à cent mètres, une très longue portée pour une arme de poing. L’éclair suivant lui donna un objectif. Il tira, manqua son coup et s’attira une tempête de feu. Ces balles le manquèrent aussi, mais le bruit de leur impact dans la terre mouillée était bien trop rapproché. La ligne de tir se déplaça. Les tueurs avaient peut-être aperçu Longley courant vers les arbres. Avery tira encore une fois en visant soigneusement et vit un homme s’effondrer, touché à la jambe. La riposte fut plus précise, cette fois. Avery vida son chargeur. Il pensait avoir atteint un autre homme quand tout s’arrêta.
Longley était arrivé sous les arbres et se retournait. Il vit Avery à terre qui ne bougeait pas alors que les tueurs n’étaient qu’à cinquante mètres. Le Britannique jura et rassembla le reste des hommes. L’agent de liaison du FBI n’avait que son revolver, les trois Britanniques des pistolets automatiques et l’unique agent du Secret Service une Uzi avec deux chargeurs de rechange. Même s’ils n’avaient pas eu de personnes à protéger, ils ne pouvaient fuir nulle part.
— Ainsi, nous nous retrouvons, dit Miller.
Il tenait une mitraillette Uzi et il se baissa pour en ramasser une autre, près d’un des gardes abattus. Cinq autres hommes entrèrent derrière lui. Ils se déployèrent en demi-cercle, pour couvrir Ryan et ses invités.
— Relevez-vous ! Les mains en l’air, que nous puissions les voir !
Jack se releva, le prince à côté de lui. Puis ce fut le tour de Cathy, avec Sally dans ses bras, et la princesse. Trois hommes pivotèrent quand la porte de la cuisine s’ouvrit. C’était Sissy Jackson qui essaya de ne pas lâcher des assiettes alors qu’un tueur l’attrapait par le bras. Deux assiettes tombèrent et se brisèrent quand il la força à lever la main.
Ils ont une bonne, se rappela Miller en voyant la robe foncée et le tablier. Une noire, une belle femme... Il souriait, à présent, la honte de ses missions manquées oubliée. Il avait tous ses objectifs devant lui et, entre les mains, de quoi les éliminer.
— Va te mettre là-bas avec les autres ! ordonna-t-il.
— Mais qu’est-ce que...
— Avance, négresse !
Un autre tueur, le plus petit de la bande, la poussa vers le groupe. Les yeux de Jack s’attardèrent sur lui, une seconde... Il avait déjà vu cette tête-là quelque part.
— Espèce d’ordure ! cria Sissy, indignée, en se retournant pour foudroyer l’homme des yeux en oubliant sa terreur.
— Tu ne devrais pas travailler pour n’importe qui, lui dit Miller. Avance !
— Qu’est-ce que vous allez faire ? demanda Ryan.
— Pourquoi gâcher la surprise ?
À une dizaine de mètres de là, Robby était le plus mal placé pour entendre ce qui se passait. Il se lavait les mains, sans se soucier du tonnerre, quand la fusillade éclata sur la terrasse. Il sortit de la salle de bains pour regarder du côté du living-room au bout du couloir, mais ne vit rien. Ce qu’il entendit lui suffit. Tournant les talons, il monta dans la grande chambre. Son premier mouvement fut d’appeler la police, mais le téléphone ne marchait pas. Il chercha ce qu’il devait faire. C’était toute autre chose que de piloter un chasseur.
Jack a des armes... où diable est-ce qu’il les cache ?... Il faisait noir, dans la chambre, et il n’osait allumer.
Dehors, la rangée de tueurs avançait vers les arbres. Longley déploya ses hommes pour les accueillir. Son travail d’agent de la sécurité ne l’avait pas préparé à ce genre de chose, mais il fit de son mieux. Ils étaient bien à couvert, dans le bois, certains arbres étaient assez gros pour arrêter une balle. Il fit placer son arme automatique sur la gauche.
— FBI, ici approche Patuxent River. Sierra quatre-zéro-un-neuf, à vous.
À bord de l’hélicoptère, le pilote tourna les cadrans du transrécepteur jusqu’à ce que le code voulu apparaisse. Puis il chercha sur la carte les coordonnées de sa destination. Il savait à quoi elle ressemblait, d’après les photos aériennes, mais elles avaient été prises de jour. La nuit, les choses étaient très différentes et il avait aussi le problème du contrôle de son appareil. Il volait dans un vent de travers de quarante noeuds et les conditions atmosphériques se détérioraient à chaque kilomètre. À l’arrière, les membres de la brigade s’efforçaient de se mettre en tenue camouflée de nuit.
— Quatre-zéro-neuf, virez à gauche sur un cap zéro-deux-quatre. Maintenez l’altitude actuelle. Avertissement, le plus gros de l’orage a l’air de s’approcher de votre objectif, annonça la radio. Vous recommande de ne pas excéder mille pieds. Je vais essayer de vous guider pour contourner le pire.
— Bien reçu.
Le pilote grimaça. Il était évident que le temps, devant eux, était encore plus mauvais qu’il l’avait craint. Il abaissa son siège au maximum, resserra sa ceinture de sécurité, et alluma ses feux de tempête. À part cela, il ne pouvait rien faire d’autre que transpirer, ce qui se faisait automatiquement.
— Les copains, là derrière, attachez bien vos ceintures !
O’Donnell fit arrêter ses hommes. L’orée du bois était à cent mètres et il savait que des armes s’y cachaient. Un groupe obliqua sur la gauche, l’autre sur la droite. Ils comptaient attaquer par échelons, chaque groupe avançant alternativement et fournissant une couverture à l’autre. Tous ses hommes étaient en noir et armés de mitraillettes, à part un seul qui traînait à quelques mètres derrière. Il regrettait qu’ils n’aient pas apporté d’armes plus lourdes. Il y avait encore beaucoup à faire, il devait emporter ses hommes abattus, un mort et deux blessés. Mais avant tout... Il porta sa radio à sa bouche pour faire venir un de ses pelotons.
Sur la droite d’O’Donnell l’unique agent du Secret Service encore en vie colla son flanc gauche contre un chêne et leva son Uzi. Pour lui et pour ses camarades sous les arbres, il n’y avait pas de retraite possible. Le métal noir des guidons était difficile à distinguer dans la nuit et ses objectifs étaient à peine visibles. L’orage joua encore son rôle, en illuminant un instant la pelouse d’un coup de projecteur qui montra l’herbe verte et les hommes en noir. Il choisit une cible et tira une courte salve, mais fit long feu. Les deux groupes d’assaillants ripostèrent et l’agent dut reculer en entendant plus d’une dizaine de balles frapper le chêne. Tout le paysage semblait constellé de petites langues de feu. L’agent du Secret Service se remit en position et épaula de nouveau. Le groupe qui venait directement vers lui courait maintenant sur sa gauche dans les ronces. Il allait être débordé par le flanc... mais alors les tueurs reparurent en tirant dans les buissons et il y eut des éclairs d’une riposte venant de sous les arbres. Tout le monde en fut surpris et, tout à coup, plus personne ne contrôla la situation.
O’Donnell avait projeté de faire avancer ses équipes de chaque côté de la clairière, mais à présent des coups de feu provenaient de l’orée du bois au sud et une de ses équipes était exposée, débordée sur deux côtés. Il évalua en un instant la nouvelle situation tactique et donna des ordres.
Ryan rageait en silence. Les tueurs savaient exactement ce qu’ils faisaient et cela réduisait ses options à zéro. Six armes à feu étaient braquées sur ses invités et lui et il n’y pouvait strictement rien. Sur sa droite, Cathy serrait leur fille dans ses bras et Sally elle-même gardait le silence. Ni Miller ni ses hommes ne faisaient inutilement du bruit.
— Sean, ici Kevin, crépita la radio de Miller dans les parasites. Nous avons de l’opposition venant des arbres. Vous les avez ?
— Oui, Kevin. La situation est contrôlée.
— J’ai besoin de secours ici.
— Nous arrivons.
Miller empocha sa radio. Il fit signe à ses camarades et en désigna trois.
— Vous, là, préparez-les. S’ils résistent, tuez-les tous. Vous deux, venez avec moi.
Il les précéda, par la porte-fenêtre brisée, et ils disparurent.
Les trois derniers tueurs avaient ôté leur masque. Deux étaient grands, à peu près de la taille de Ryan, un blond et un brun. L’autre était petit et presque entièrement chauve... Je le connais, mais d’où ? C’était lui le plus effrayant. Sa figure était convulsée. Le blond lui donna un paquet de cordes. Une seconde plus tard, il fut évident qu’elles étaient déjà coupées et préparées pour les ligoter tous.
Robby, où diable es-tu ? Jack regarda Sissy, qui pensait la même chose. Elle hocha imperceptiblement la tête et il y avait de l’espoir dans ses yeux. Le petit chauve le remarqua.
— T’en fais pas, tu seras payée, dit-il.
Il posa son arme sur la table du dîner et s’avança avec le blond, pendant que le brun reculait pour les couvrir tous. Dennis Cooley s’approcha d’abord du prince, avec la corde, et lui tira les mains derrière le dos.
Ah, voilà ! Robby leva les yeux. Jack avait rangé son fusil de chasse sur la plus haute étagère de la penderie, ainsi qu’une boîte de cartouches. Il dut se hausser sur la pointe des pieds pour les prendre et son geste fit tomber un pistolet dans un étui. Le bruit le fit grimacer, mais il le dégaina vivement et le glissa dans sa ceinture. Il vérifia ensuite le fusil et tira sur la culasse ; il y avait une cartouche dans le canon et le cran de sûreté était mis. Parfait. Il remplit ses poches de cartouches et retourna dans la chambre.
Et maintenant ? Ce n’était pas comme le pilotage d’un F-14, avec un radar pour se braquer sur des cibles à cent cinquante kilomètres et un appareil d’escorte pour repousser les bandits sur ses arrières.
Le tableau... Il fallait s’agenouiller sur le lit pour regarder par là... Pourquoi diable est-ce que Jack a disposé ses meubles comme ça ? pesta Jackson. Il posa le fusil et dut se servir de ses deux mains pour faire glisser la gravure sur la tringle. Il ne la déplaça que de quelques centimètres, juste de quoi voir... Combien... un, deux... trois. Est-ce qu’il y en a d’autres ? Et si j’en laissais un en vie...
Ils étaient en train de ligoter Ryan. Le prince – le commandant comme il l’appelait en pensée – avait déjà les mains attachées et lui tournait le dos. Quand le petit homme en eut fini avec Jack, il le repoussa sur le canapé. Jackson le vit alors porter les mains sur sa femme.
— Qu’est-ce que vous allez faire de nous ? demanda Sissy.
— Boucle-la, négresse, répondit le nabot.
Même Robby savait que c’était stupide de se formaliser pour si peu ; le problème actuel était infiniment plus grave que les réflexions d’un con de raciste, mais son sang bouillonna quand il vit la femme qu’il aimait tripotée par ce... par cette petite ordure blanche !
Une petite voix intérieure lui conseilla de se calmer, de prendre son temps, de réfléchir. Il devait réussir du premier coup. Alors, du calme.
Longley commençait à espérer. Il y avait des amis sous les arbres, sur sa gauche. Il se dit qu’ils venaient peut-être de la maison. L’un d’eux au moins avait une arme automatique et il comptait trois terroristes morts, ou du moins couchés dans l’herbe sans bouger. Il avait tiré cinq coups, tous manqués – la portée était trop longue pour un pistolet, la nuit –, mais ils avaient arrêté net les assaillants. Et du secours arrivait. C’était certain. Le camion des télécoms était vide, mais l’agent du FBI à sa droite y était allé. Il suffisait d’attendre, de tenir encore quelques minutes...
— J’ai des éclairs au sol, droit devant, annonça le pilote. Je...
Un éclair révéla la maison, pendant un bref instant. Ils ne virent personne, mais c’était bien la bonne maison et il y avait des éclats lumineux qui ne pouvaient venir que d’une fusillade, à huit cents mètres environ, alors que l’appareil était secoué dans le vent et la pluie. Le pilote avait beaucoup de mal à voir la terre. Son tableau de bord était vivement illuminé et les éclairs fulgurants décoraient sa vision de toute une collection de taches lumineuses bleues et vertes.
— Dieu de Dieu, gronda Gus Werner à l’interphone. Dans quoi est-ce que nous nous fourrons ?
— Au Viêtnam, nous appelions ça une L.Z. brûlante, répondit calmement le pilote, mais là-bas aussi il avait eu grand peur.
— Demandez Washington.
Le copilote changea de fréquence à la radio et fit signe à l’agent à l’arrière pendant que l’hélicoptère planait.
— Ici Werner.
— Bill Shaw, Gus. Où êtes-vous ?
— Nous avons la maison en vue et il y a une sacrée bataille qui se déroule là-dessous. Est-ce que vous êtes en contact avec les nôtres ?
— Négatif, ils ne sont pas sur les ondes. L’équipe de D.C. est encore à trente minutes. La police routière et cantonale ne sont pas loin, mais pas encore sur place. La tempête déracine des arbres un peu partout et il y a des bouchons terribles sur les routes. Vous êtes l’homme sur place, Gus, alors c’est à vous de prendre l’initiative.
La mission de la brigade de sauvetage d’otages était de prendre en main une situation existante, de la stabiliser et de sauver les otages, pacifiquement si possible, sinon par la force. Ce n’était pas une troupe d’assaut ; ils étaient des agents spéciaux du FBI, mais ils avaient des camarades, là au sol.
Nous avançons maintenant. Dites à la police et aux agents fédéraux que nous sommes sur les lieux. Nous essaierons de vous tenir informé.
— Bien. Soyez prudent, Gus.
Werner s’adressa au pilote :
— Amenez-nous sur place.
— O.K. Je vais d’abord faire le tour de la maison et puis je reviendrai vous déposer sous le vent. Je ne peux pas vous amener plus près. Le vent est trop violent, je risque de perdre l’appareil, là en bas.
— Allons-y.
Werner se retourna. Ses hommes avaient réussi à s’équiper. Chacun était armé d’un pistolet automatique. Quatre avaient des fusils-mitrailleurs MP-5, comme lui. Le tireur d’élite et son guetteur seraient les premiers à descendre.
— On y va !
Un des hommes fit un geste du pouce levé qui avait l’air beaucoup plus insouciant qu’ils ne l’étaient.
L’hélicoptère fut plaqué vers le sol par une rafale soudaine. Le pilote eut tout juste le temps de le redresser à moins de trente mètres des arbres. La maison n’était plus qu’à quelques centaines de mètres. Ils survolèrent le bord sud de la clairière, ce qui permit à tout le monde de se faire une idée de la situation.
— Ah, dites, ce coin entre la maison et le bord de la falaise, dit le pilote, ça pourrait être assez grand, après tout.
Il augmenta la puissance et l’appareil plongea dans le vent.
— Hélico ! glapit un homme à la droite d’O’Donnell.
Le chef leva les yeux et le vit, une forme spectrale faisant un bruit irrégulier. C’était un risque qu’il avait prévu.
Près de la route, un de ses hommes ôta la bâche d’un lance-missiles Redeye, acheté en même temps que les autres armes.
— Je suis obligé d’utiliser mes feux d’atterrissage, ma vision nocturne est foutue, dit le pilote à l’interphone.
Il tourna à huit cents mètres à l’ouest de la maison des Ryan, dans l’intention de la survoler tout droit et puis de tourner dans le vent et de descendre derrière ce qu’il espérait lui servir d’écran. Dieu, pensa-t-il, on se croirait au Viêtnam. D’après les éclairs des coups de feu, au sol, la maison semblait être entre des mains amies. Il alluma ses lumières d’atterrissage. C’était un risque, mais inévitable.
Dieu soit loué, j’y vois clair, maintenant ! se dit-il. Le sol était visible à travers un rideau de pluie scintillante. Il comprit que la tempête allait encore empirer. Il devait opérer son approche avec le nez dans le vent. Le vol dans la pluie réduirait sa visibilité, mais au moins, ainsi, il y verrait sur cent ou deux cents mètres... Quoi !
Il y avait un homme debout au milieu d’un champ, qui braquait quelque chose. Le pilote perdit de l’altitude à l’instant où un éclair rouge fonçait sur son appareil et ses yeux restèrent rivés sur ce qui ne pouvait être qu’un missile sol-air. Les deux secondes que mit le projectile durèrent pour lui une heure, mais le missile passa à travers les pales de son rotor et disparut dans le ciel. Il tira immédiatement sur ses commandes, mais il n’avait pas le temps de se remettre de sa manoeuvre d’évasion. L’hélicoptère tomba dans un champ labouré à quatre cents mètres de la maison des Ryan. Il n’en bougerait pas tant qu’un camion ne viendrait pas chercher l’épave.
Miraculeusement, deux hommes seulement étaient blessés. Werner était l’un d’eux. Il avait l’impression d’avoir reçu une balle dans le dos. Le tireur d’élite ouvrit la porte et sauta à terre, son guetteur sur ses talons. Les autres suivirent ; un des hommes soutint Werner ; un autre boitillait, une cheville foulée.
La princesse fut la suivante. Elle était plus grande que Cooley et elle réussit à le toiser d’un regard méprisant. Le petit homme la fit pivoter brutalement pour lui lier les mains.
— Nous avons de grands projets pour vous, promit-il quand il eut fini.
— Espèce de petit fumier, je parie que vous ne savez même pas comment ! lui lança Sissy, ce qui lui valut une gifle retentissante.
Robby observait, attendant que le blond s’écarte. Finalement il recula...

                                                                                                          TOM Clancy

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